Le champ de la conscience

Car il était, comme toujours, sous-jacent, contenant, offrant, dans cette imperfection illusoire, l'opportunité paradoxale de la libération.

Voici ce que j’ai écrit la semaine dernière :

« Trouvez ce qui reste stable en vous, quelle que soit la situation. C’est à partir de là qu’une direction, une qualité, une force est impulsée : par cette présence.

Ici, on ne peut pas être manipulé, on ne peut pas être déporté, on ne peut pas être déraciné de la Conscience, quelles que soient les circonstances extérieures.

Alors vient la véritable assurance d’être soi-même, de s’accueillir soi-même, de savoir que tout passe et d’accueillir ce qui est, de se donner un véritable amour, une douce estime, de la tendresse, d’aimer la vie et son prochain comme soi-même ».

Lorsque je l’ai écrit, dans le confort d’une inspiration lumineuse, limpide et sereine, il était clair, évident et simple.

Hier, cette prise de conscience intellectuelle s’est heurtée à la réalité de la vie, où, sans l’avoir vu venir, au milieu d’une interaction anodine, dans un climat de confiance, un missile m’a frappé en plein cœur. J’avais oublié que nous sommes en permanence sur le champ de bataille et que chacun d’entre nous est un champ de mines, avec des terrains de guerre, portant des blessures secrètes qui peuvent être réactivées à tout moment…

Le champ de la conscience n’a apparemment pas résisté à l’offensive de l’inconscient infiltrant, comme lorsqu’un barrage se rompt et que l’eau s’engouffre avec toute sa puissance.
Les grandes eaux de la souffrance ancestrale sont montées et m’ont submergé.
Souffrance de cette incompréhension enfantine face au mal du monde et au refus naïf de l’accepter, souffrance dans nos douleurs quotidiennes avec la totalité de l’enfer qui se déploie au bout du fil, malgré la splendeur qui ne cesse de s’offrir discrètement à nous.

Les guerres les plus féroces qui se déroulent quelque part sur la planète ont lieu en chacun de nous, dans nos peurs, nos luttes, nos colères et nos jugements, dans les accusations, les condamnations et les reproches que nous nous adressons à nous-mêmes et que nous projetons sur les autres, dans ce miroir infini, en espérant secrètement que quelque chose ou quelqu’un d’extérieur à nous nous délivrera et nous sauvera.

Alors pour moi hier, 3 mots insignifiants ont été 3 flèches qui ont atteint leur cible sans même le vouloir, un espace secret dans mon cœur où réside la blessure principale, commune à toute l’humanité : le manque d’amour, d’acceptation et de reconnaissance de la vie précieuse qui est en nous, l’identification à notre corps provisoire, la peur de la mort, ce que Brel appelait la défaite qui est à la toute fin, la lutte constante ou la résignation qui s’ensuit, avec toutes nos rationalisations et justifications dépassées, avec nos vaines tentatives de s’en distraire ou de s’en extraire.

Le champ de la conscience n’a apparemment pas tenu. Apparemment. Car il était, comme toujours, sous-jacent, contenant, offrant, dans cette imperfection illusoire, l’opportunité paradoxale de la libération.

C’est dans cet effondrement, dans cette mise en pièces d’un concept, qu’il est devenu vivant en moi, non par sa prétendue maîtrise mais par son expérience sensible, au-delà du confortable. C’est ainsi que nous apprenons à marcher : nous tombons et nous nous relevons, plus expérimentés.
L’essentiel est de ne pas juger ces moments de chute, mais de les considérer comme faisant partie du chemin, d’apprécier ce que nous apprenons, quel que soit le contexte dans lequel nous apprenons.
Et puis, petit à petit, apporter plus de gentillesse, de douceur, de tendresse, de souplesse, d’aisance et de confiance dans nos pas, jusqu’à la danse…

Tout se passe dans le champ de la conscience. Qui sommes-nous vraiment ? Le corps ? La personnalité ? La conscience ?
La réponse n’est évidemment pas binaire et constitue une trame complexe.
C’est pourquoi une autre clé est de s’identifier moins aux objets mentaux qui évoluent dans le champ de la conscience qu’à cette Conscience Témoin qui est notre fondement en vérité. Nous pouvons alors articuler notre vie de plus en plus facilement dans ce mouvement entre la Conscience et la Vie au sein de cette Conscience, en jouant plus librement car nous sommes moins identifiés au théâtre qui se joue en permanence. Combien d’énergie dépensons-nous pour rectifier ce qui se passe dans le théâtre au lieu de réaliser que nous sommes fondés dans la Lumière projetant la Conscience et la Conscience dans laquelle elle apparaît ? Que se passe-t-il lorsque nous vivons enracinés dans la conscience et la lumière qui sous-tend la conscience ? Cette conscience est un témoin. Comment est-elle active ? Comment se régénère-t-il ?

Sommes-nous conscients de tout ce qui entre en jeu lorsque deux êtres humains se rencontrent ? Les éléments primordiaux, la mémoire de la terre, la dimension animale, les différents niveaux d’organisation biologique, chimique et physique, les mémoires personnelles, génétiques, familiales, ancestrales, culturelles, géographiques, historiques et archaïques, les différentes instances et strates du subconscient, de l’inconscient, du conscient, de la psyché, de l’âme, du mental, de l’esprit ? Toutes ces composantes ne trouvent leur fondement unificateur que dans l’Amour, c’est-à-dire ce qui englobe et transcende cette somme éparse d’éléments et les ordonne en ne négligeant rien, en ne soustrayant rien et en n’ajoutant rien.

Il est intéressant d’observer la structure commune à différentes échelles…

Le big bang date d’environ 13,7 milliards d’années. Cette notion numérique ne rend pas compte, bien sûr, de la puissance, des phases et de la splendeur du long processus de développement de l’univers…

Une étoile de la masse du Soleil dure environ 10 milliards d’années.

L’histoire de la Terre a commencé il y a 4,6 milliards d’années.
Au fil du temps, des espèces apparaissent et disparaissent. L’évolution d’une espèce est marquée par une augmentation du nombre d’individus jusqu’à un maximum, puis une diminution jusqu’à un maximum, puis une diminution jusqu’à l’extinction.
Ces stades sont des marqueurs chronologiques qui permettent d’établir des phases dans les temps géologiques. Des extinctions ont eu lieu à tout moment de l’histoire de la vie, alors que les extinctions massives et simultanées sont plus rares et sont considérées comme le signe d’événements écologiques à l’échelle planétaire, appelés crises.
Les géologues ont divisé les temps géologiques en une échelle chronologique : en ères subdivisées en périodes, elles-mêmes subdivisées en sous-systèmes puis en étapes…
Les divisions les plus importantes, ou ères, correspondent à l’apparition ou à la disparition de groupes entiers d’organismes.
Je vous invite à découvrir les temps géologiques de la Terre, les principales ères et périodes qui nous permettent d’appréhender l’organisme vivant qu’est la Terre d’une toute autre manière, avec ces cycles marqués par l’émergence et la disparition des formes.

Ce qui est vrai à l’échelle des étoiles, des planètes et des organismes l’est à toutes les échelles.

Toutes les cellules du corps (37 000 milliards de 200 types distincts) n’ont pas la même durée de vie. Certains sont constamment renouvelés, tandis que d’autres existent depuis des années.
Les cellules qui tapissent l’intestin grêle se renouvellent tous les 3 à 5 jours. Les kératinocytes de l’épiderme mettent 45 jours pour atteindre la surface de la peau et mourir. Les globules rouges ont une durée de vie de 120 jours. L’âge moyen des cellules osseuses, les ostéocytes, est de 10 ans. Nos neurones ont environ 85 ans. Ils ne se divisent pas et sont presque tous présents dès la naissance. Les interconnexions entre les neurones sont enrichies par notre apprentissage et notre expérience.
Toute civilisation naît, se développe, atteint son apogée puis décline jusqu’à disparaître.

Toute forme manifeste le principe qui l’anime et disparaît ensuite. La phase de cessation d’une forme consiste à la déstructurer et à en extraire la quintessence.
Il est intéressant de noter que les trous noirs absorbent la matière et conservent ses informations essentielles, tout comme nous mangeons de la nourriture et en extrayons les nutriments et l’énergie. Les trous noirs sont également des pépinières d’étoiles.

L’énergie ne peut être convertie d’une forme à une autre ; elle ne peut être ni perdue ni créée à partir de rien, selon le principe de la conservation de l’énergie. Elle reste constante pour un système isolé car il n’y a pas d’échange d’énergie avec le monde extérieur.

Où se déroule notre vie ? À quoi servent-ils vraiment ?
Que reste-t-il de notre passage sur terre ?
Que reste-t-il lorsque nous nous effondrons ?

Que reste-t-il lorsque toutes les valeurs humaines sont bafouées, comme c’est le cas chaque fois qu’un être humain traite un autre être humain comme un objet, en l’humiliant et en le manipulant, en niant la lumière sublime et fragile qui se cache dans ce corps complexe ?

Chaque fois que nous oublions de percevoir la vie, la lumière et l’amour et que nous capitalisons sur ces valeurs par ignorance et survie ?

C’est précisément là, sur le terrain, que l’homme peut se relever, se tenir debout dans l’Amour, non par résilience ou par défi, ni au nom de l’honneur, mais par Amour, parce que quelque chose de plus puissant que tous nos calculs s’éveille et nous porte dans sa simplicité. Il nous révèle comme fractal, comme un maillon de la chaîne, dérisoire dans notre localité limitée et essentiel en tant que conscience témoin d’un processus qui nous dépasse et nous inclut. La réalisation de sa perfection pulvérise nos conceptions humaines limitées et, par cette brèche, ouvre la possibilité de s’émerveiller du mystère de la vie, la nôtre et celle de tous les autres.

Elle ouvre la voie à la compassion pour la condition humaine que nous partageons tous, à l’humilité et à la gentillesse.

Elle ouvre la voie au pardon et au dialogue.

Enfin, elle ouvre la voie à la prise de conscience que, quelle que soit la brièveté de notre passage sur terre, nous avons entre les mains le choix, à chaque instant, de ce que nous allons en faire. Cette liberté n’est pas facile. Elle nous oblige à affronter nos plus grandes peurs, à les traverser, à être traversés par elles, jusqu’à ce que nous trouvions l’essentiel, l’indestructible, l’inaltérable : cette graine de Lumière qui est en nous.

En étant curieux, ouverts et bienveillants, en recherchant ce qui nous unit plutôt que ce qui nous oppose, dans le respect de nos différences, nous pouvons apprendre à vivre de manière plus harmonieuse, plus dynamique, en recherchant le bien commun, en nous exerçant à vivre en Conscience.

Il devient alors vivant en nous, et nous pouvons nous brancher plus librement, de manière créative et participative, sur ce grand tissu qu’est le cosmos, en y assumant pleinement notre rôle.

Et vous ? Que signifie pour vous vivre de manière plus harmonieuse, plus libre, plus créative et plus participative ?

Que voulez-vous vivre et exprimer de vous-même ?

J’attends avec impatience vos commentaires !

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